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Version 3.00
Survivez ou semez la peur. Le manoir vous appelle
En parcourant le web, je suis tombé par hasard sur le projet d’unéditeur chinois, Ice makes. À vrai dire, il s’agissait du second printing, plutôt bien accueilli : un jeu en mode “seul contre tous”, avec une sacrée ambiance de film d’horreur. Pourquoi pas ! Je prends donc la boîte de base et, au fil de mes recherches, je finis par craquer pour le All-in.
Pratiquement un an jour pour jour plus tard, je le reçois enfin à la maison, après un transit de plus de 75 jours. Douze kilos : c’est le poids de la bête ! Ni une ni deux, je commence à ranger, dépuncher et apprendre les règles. Après plusieurs parties, je peux enfin vous livrer mon ressenti sur ce jeu, qui devrait également sortir chez Iello en ce doux mois d’octobre 2025 (sauf report de dernière minute).
Alors, si vous êtes fan de jeux d’horreur, que vous aimez incarner le méchant et tenter d’éliminer tout le monde, Terrorscape est peut-être le jeu qu’il vous faut.
On retrouve ici quatre livrets, mais rassurez-vous : les règles sont très fluides et on sent qu’elles ont été testées à maintes reprises. Vous avez un petit livret, le guide de survie, qui présente tous les tueurs ainsi que les différentes cartes du jeu de base et des extensions. Viennent ensuite un livret de règles pour chaque camp, et un livret central qui regroupe toutes les informations au même endroit.
La lecture des règles se fait sans encombre : c’est simple, clair et bien structuré. Néanmoins, n’espérez pas un sans-faute lors de votre première partie. Pour ma part, j’ai commis l’erreur de jouer avec toutes les cartes des tueurs 😭, et si l’on ne fait pas attention à la mise en place, on peut vite se retrouver avec un jeu complètement bancal.
Il est tout à fait possible d’expliquer chaque partie sans y passer trop de temps. On est loin de la complexité d’un Root, par exemple. Pour aller plus vite, j’explique uniquement la partie des survivants lors de la première partie, sans détailler le fonctionnement du tueur. Cela permet aux joueurs de se concentrer sur leurs propres objectifs et de ne pas se perdre dans les mécaniques adverses dès le départ.
Le but du jeu est de réussir à s'échapper du manoir, soit en réparant la radio et attendre que la police arrive, soit en trouvant les 5 clés et sortir tous ensemble du manoir. Pour le tueur, il faut juste réussir à tuer une seule personne pour gagner !
Vous préférez jouer les survivants ?
Chaque joueur incarne l’un des trois survivants coincés dans un manoir lugubre, traqués par un tueur sanguinaire. Votre tour commence avant celui de l’assassin, et vous allez jouer chacun votre personnage à tour de rôle.
À chaque tour, vous avez une action principale à faire, au choix parmi six :
- Vous pouvez vous déplacer d’une pièce à l’autre pour progresser vers vos objectifs, éviter l’assassin ou explorer des zones intéressantes.
- Vous pouvez retirer toute la peur que vous avez accumulée car si vous avez trop peur, vous risquez de crier, et donc révéler votre position au tueur.
- Vous pouvez utiliser un objet spécial pour déclencher un effet puissant mais souvent, cela vous oblige à le défausser.
- Vous pouvez retirer un obstacle, posé par l’assassin, qui bloque une porte. Ce sont des murs temporaires qu’il place pour vous piéger.
- Vous pouvez réparer la radio, pour tenter d’appeler les secours. Chaque réparation fait du bruit, donc il faut être stratégique.
- Enfin, vous pouvez fouiller dans certaines pièces à la recherche d’objets utiles… ou de clés, nécessaires pour vous enfuir.
- Vous pouvez aussi faire des actions supplémentaires si vous avez des objets qui le permettent, et échanger des objets avec un coéquipier si vous êtes dans la même pièce.
À la fin de votre tour, vous indiquez à l’assassin tous les lieux où vous avez fait du bruit. C’est la seule information qu’il a pour essayer de vous trouver… Alors, soyez malins : utilisez des pétards, semez la confusion, coordonnez-vous en silence ou par gestes.
Ou alors vous avez un penchant pour l’assassin ?
L’assassin, c’est vous. Vous êtes seul contre tous. Vous vous tenez de l’autre côté du manoir, votre figurine cachée, tapie dans l’ombre.
Avec l'assassin vous pouvez :- Jouer des cartes rapides pour déclencher des effets (souvent pour repérer ou approcher vos proies).
- Puis, soit jouer une carte spéciale, soit effectuer deux actions normales comme [Avancer] (vous vous déplacez, même à travers les obstacles) ou [Rechercher] (vous demandez si un survivant est dans la même pièce que vous).
Si vous n’avez pas rencontré de survivant, vous pouvez aussi jouer une carte lente, souvent plus tactique, pour poser un piège ou préparer un plan.
Enfin, vous piochez 3 cartes. Et si votre pioche est vide ? Vous montez de niveau : vous devenez plus fort, vous gagnez une capacité supplémentaire, et vous vous rapprochez de votre proie...
Lorsque vous êtes dans la même pièce qu’un survivant et que vous lancez une attaque, ce dernier doit se défendre. Il utilise des dés et des objets, mais s’il échoue… il est blessé. À la deuxième blessure, il meurt. Et vous gagnez.
Si vous avez déjà joué au jeu "Les Lettres de Whitechapel", "Mr Jack" ou "La Fureur de Dracula", vous ne serez pas dépaysé par la mécanique. On retrouve le principe "un contre tous", où un joueur incarne le tueur face aux autres. La communication entre survivants doit rester limitée pour ne pas fournir d’indices à l’adversaire, ce qui explique pourquoi le jeu fonctionne particulièrement bien à deux joueurs. À quatre, la concertation entre survivants risque de dévoiler trop d’informations et de réduire l’effet de surprise. Les parties sont relativement rapides et gagnent en intensité à mesure que les joueurs maîtrisent les règles.
Une difficulté marquée pour les survivants
Remporter la partie en tant que survivant dans Terroscape n’est pas chose facile. Par défaut, il suffit que le tueur élimine un seul survivant sur les trois pour mettre fin à la partie. Avec mes groupes, nous avons essayé une variante où la partie se termine uniquement lorsque tous les survivants sont éliminés. Cela nécessite quelques ajustements de règles, mais à mon sens, les éditeurs auraient pu envisager cette option.
En tant que survivant, vous avez deux choix : réparer la radio et patienter cinq tours complets pour que la police arrive, ou trouver cinq clés pour vous échapper du manoir. Plus facile à dire qu’à faire. La tension est omniprésente, surtout que le plan du manoir est de taille modeste. Une fois rodé, comptez environ 45 minutes à 1 heure par partie. Terrorscape partage une particularité avec des jeux comme Descent, dans le sens où au plus la partie dure longtemps au plus cela deviendra difficile. Je m'explique, à chaque fois que le tueur épuise son paquet de cartes, il gagne un niveau (jusqu’à 5) et débloque soit de nouvelles cartes plus puissantes, soit des points de danger qui compliquent les confrontations.
Un système de rencontre efficace
La franchise dans le jeu est essentielle, si vous commencez à mentir dans ce jeu, vous brisez l’expérience, autant pour vous que pour le tueur. Lorsqu’un tueur croise un ou plusieurs survivants, un affrontement a lieu. Les joueurs lancent 4 dés moins leur valeur de peur, additionnent le résultat et le comparent à la force du tueur. Si le score est égal ou supérieur, vous parvenez à fuir, sinon, vous perdez un point de vie. Rappel : au bout de deux points de vie perdus, c’est la mort… et la fin de la partie pour tout le monde. Ce système simple fonctionne remarquablement bien.
Si vous avez la possibilité d’acquérir les extensions, n’hésitez pas. Elles ajoutent de nouveaux survivants combinables avec le jeu de base, de nouveaux tueurs avec des niveaux de difficulté variés, ainsi que de nouvelles cartes proposant chacune leurs propres règles.
Le bruit est votre ennemi
Alors, comment le tueur fait-il pour se repérer et retrouver les survivants ? Grâce au bruit ! Vous allez devoir supposer, réfléchir, anticiper et vous orienter en fonction des sons produits par les actions des survivants. Par exemple, si quelqu’un répare la radio : hop, cela génère du bruit ! Celui-ci est symbolisé par un jeton, que vous placez à l’endroit où l’action a eu lieu, et que le tueur pourra ensuite utiliser pour remonter votre piste.
Certains objets peuvent également produire du bruit. Vous vous en doutez, ce sont souvent des objets intéressants, mais risqués :
- Un revolver ? Il faudra d’abord trouver les balles.
- Des soins ? Une bouteille de whisky pourra vous aider… ou faire diversion.
- Des pétards ? Encore mieux. Ils sont plus subtils : si vous choisissez de les utiliser, vous devrez l’annoncer au tueur, car ils produisent du bruit dans toutes les pièces du manoir. Parfait pour brouiller les pistes !
Comme vous le voyez, Terrorscape est un incontournable pour les fans du genre. Son seul vrai défaut réside dans la mise en place du manoir, un peu longue, mais vite oubliée une fois la partie lancée.
Quand on évoque Terrorscape, c’est avant tout son immense manoir en carton qui attire immédiatement l’œil, trônant fièrement au centre du plateau. Il sépare et cache le côté du tueur de celui des survivants, et il faut bien l’avouer : il en impose ! Toutefois, à force de le monter et de le démonter, il finira forcément par montrer des signes de faiblesse tôt ou tard.
Précision importante : ici, on n’est pas dans le cas de l’arbre d’Everdell purement décoratif. Le manoir a une vraie utilité ! Et puisqu’il est volumineux, l’éditeur a eu l’excellente idée d’y intégrer une tour à dés. Malin… et franchement satisfaisant à utiliser ! On peut aussi y poser les cartes “clé” que l’on aurait sans doute préféré avoir sous forme de vraies clés à insérer dans le toit du manoir. Quitte à aller dans le thème, autant y aller à fond.
Les plateaux sont de bonne qualité, et les illustrations des pièces sont superbes, avec un bel effet de lumière. C’est avant tout un jeu de figurines : elles sont bien moulées, agréables à manipuler… mais attention, dans la version de chez Iello, elles sont remplacées par des standees, ce qui a moins de charme sur le plateau.
Le matériel n’est pas pléthorique pour ce gabarit de jeu, et la mise en place reste assez rapide (hors manoir, qui doit être assemblé et désassemblé à chaque partie). La piste à dés, en revanche, reste montée, ce qui fait gagner un peu de temps.
Les cartes sont de bonne qualité, et les dés, gravés, manquent parfois un peu de lisibilité. Dernier point appréciable : le rangement. Chaque camp (tueur et survivants) dispose de son propre casier, que l’on garde à côté du plateau pour piocher le matériel au besoin. Résultat : une table de jeu dégagée et un gain de temps non négligeable à l’installation.
Terrorscape est une véritable expérience ludique à part entière, pensée pour les amateurs d’horreur asymétrique et d’affrontements tendus en huis clos . Porté par un matériel immersif (mention spéciale au manoir !), des mécaniques accessibles mais efficaces, et une ambiance pesante à souhait, le jeu parvient à créer des vrais moments de tension.
Cependant, il ne conviendra pas à tous les profils, son gameplay volontairement épuré et son manque de profondeur pourra laisser certains joueurs sur leur faim, notamment ceux en quête de jeux plus complexes ou plus ouverts
Malgré tout, Terrorscape coche presque toutes les cases pour un jeu d’horreur réussi : il est beau, fluide à jouer, et surtout capable de générer de vraies sueurs froides autour de la table. Si vous aimez frissonner en traquant (ou en fuyant) dans un manoir lugubre, vous devriez lui laisser sa chance… en espérant que vous en ressortiez vivant.
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